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Nom du blog :
labobine
Description du blog :
Analyse personnelle de films sortis sur grand écran. Sans prétendre saisir parfaitement les détails
Catégorie :
Blog Cinéma
Date de création :
11.10.2007
Dernière mise à jour :
04.12.2007
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Il était une fois

Posté le 04.12.2007 par labobine
La très belle princesse Giselle est bannie de son royaume magique de dessin animé et de musique par la méchante reine. Elle se retrouve à Manhattan...
Déroutée par ce nouvel environnement étrange qui ne fonctionne pas selon le principe "ils vécurent heureux à tout jamais", Giselle découvre un monde qui a désespérément besoin de magie et d'enchantements...
Elle va faire la connaissance d'un séduisant avocat spécialiste du divorce, qui est venu à son aide et dont elle tombe amoureuse. Le problème, c'est qu'elle est déjà fiancée au parfait prince de conte de fées. La question est : un amour de conte de fées peut-il survivre dans le monde réel ?



C'est le nouveau film de Disney qui arrive sur nos écrans en ce mercredi 28 novembre 2007. Que dire? On aura craind une comédie sentimentale qui n'en finit pas... Et c'est exactement ce qui défile sous nos yeux mais étrangement, on ne s'en lasse pas. Les créateurs mélangent le dessin animé au film, ce qui nous rappelle tout de suite Roger Rabbit.

Enfin, c'est le grand retour du dessin animé Disney! Les nombreuses prairies enchantées, les animaux de la fôret qu'on redécouvre avec merveille, les princesses, les princes, la méchante sorcière et les chansons féeriques. Le vrai Disney tel qu'on l'aime, tel qu'il nous fait rêver. Cet univers qu'il avait abandonné ces derniers temps avec des films en images de synthèse. On se retrouve dans notre enfance et au fur et à mesure que l'on découvre Andalasia, on s'attend à rencontrer à tout instant Blanche-Neige ou Cendrillon. Les dessins sont tellement gracieux qu'on se prend à rêver.


La vie réelle: l'enfant doit grandir!

Mais très vite, le dessin animé prend fin lorsque la méchante reine envoie Giselle dans le monde réel. Et voilà tout l'intérêt du film. Quelle valeur ont les contes de fées dans la vie moderne? Qui y croit encore? Les petites filles? Oui, mais on veut qu'elles grandissent, on veut qu'elles évoluent. La vie est devenue tellement difficile et tellement blessante qu'on se refuse désormais à rêver. L'avocat (Patrick Dempsey) déçu par la vie et par l'amour, souhaite que sa fille grandisse. Il oublie qu'elle n'a que six ans! « Vous allez avoir un petit moment entre femmes! » Lorsqu'il lui offre un livre, ce n'est pas des contes mais un livre qui raconte l'histoire de femmes célèbres, des femmes célèbres mais qui sont mortes! De quoi faire tomber l'immaginaire d 'un enfant.
Mais il n'y a que l'immaginaire des enfants, leur monde à eux, qui leur permet de donner encore de l'espoir. Les enfants, qui se protègent peut-être de la dureté de la vie derrière ces histoires fabuleuses, sont en mesure de reconnaître les choses qui en valent la peine. Tant qu'ils continuent de rêver et de croire à tout ça, c'est toujours ça en moins qu'ils auront de malheurs. Contrairement aux adultes, ils croient encore au bonheur et à la magie de l'amour. (« Je suis sure que c'est une vraie princesse. »)

Lorsqu'on se moque du conte:

Bien sur, à la manière de Shrek, on critique le conte, on s'en moque sans pour autant nous en dégoûter, ni nous en lasser. Nous allons voir ici plusieurs aspects dans l'immaginaire et ce qu'ils deviennent dans la vie réelle.
Un dessin animé de Walt Disney, c'est tout d'abord des paysages magnifiques. La campagne, les clairières, les prés, beaucoup de verdure, d'animaux aussi beaux qu'agréables. La maison aux allures de champignons se trouve au milieu de la forêt, entourée d'une quiétude incroyable! On ne sent même pas que le mal pourrait intervenir dans ce cadre si extraordinaire. Les humains sont en paix avec les animaux qui parlent. Le château quant à lui est magnifique bien sur, imposant et abrite une sorcière qui est aussi la belle-mère du prince. Celle-ci s'oppose à l'union des deux jeunes êtres et fait parler la magie pour les séparer.
Lorsque l'on bascule dans le monde réel, tout change, tout perd de sa magie et de sa sécurité. Revoyons les choses dans l'ordre. On passe de paysages enchanteurs, verdoyants et vastes à une série d'immeubles, à des routes goudronnées, au bruit des voitures... L'espace se rétrécit lorsqu'on comprend qu'on est sur la petite île de Manhattan. Il n'y a pas ici de maison champignon, seulement des appartements. Les animaux présents sont loin d'être ceux qui nous font rêver: pigeons, rats, blattes... Ces animaux inspirent le dégoût et la saleté. Berk! Rien de réjouissant ou de féeriques! La quiétude est vite piétinée avec la scène où Giselle se fait voler son diadème. Elle n'est pas en sécurité ici, personne ne se soucie d'elle ni ne veut l'aider. Personne ne lui adresse la parole parmi les milliers de gens qu'elle croise dans les rues et lorsqu'on lui parle, c'est de façon très méchante. Le chateau, lui, n'est qu'une illusion, ce n'est que du carton! C'est une façade, il est loin d'être imposant! Tout se retourne contre elle, elle n'a aucun repère. On détruit tous les attouts du conte pour qu'elle se retrouve complètement désemparée. Le rêve n'a pas sa place dans la vie citadine.
La cadre est posé. Rien de magique , ce qu'on nous propose donc c'est de voir l'envers. Fort de ce nouveau cadre, les réalisateurs vont alors pouvoir jouer avec les éléments de notre vie réelle et leurs transpositions d'un monde fabuleux.

De l'autre côté du miroir:

Giselle se penche et tombe dans le puits des voeux. C'est un magnifique endroit, beaucoup d'eau et de clarté. Lorsqu'elle arrive dans notre monde, elle sort d'une bouche d'égoût. Certes, il y a de l'eau mais elle est sale. L'endroit est sombre bien entendu. En la faisant atterir par là, toute la magie est abandonnée. Elle sort, non pas de ce qu'il y a de plus beau et de plus haut, mais de ce qu'il y a de plus bas et de plus repoussant. Son personnage et son idéologie n'ont rien à faire ici. Tout le monde a jetté aux oubliettes le « ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants ». On en a que faire! En remontant de cet endroit, c'est comme si on assistait au retour de la magie qui sera malmenée.
Autre objet incontournable chez Disney, c'est le miroir magique. Ce miroir qui a la possiblité de voir tout ce qui se passe, quel que soit le lieu et de donner toutes sortes d'informations est devenu la télévision. L'image est tout à propos. Ce minuscule écran qui nous permet de voir ce qui se passe de l'autre côté de la terre, et de nous livrer des informations sur la vie de n'importe qui. On rigole en voyant notre prince lui demander où est-ce qu'il peut trouver Giselle! Mais quand même, l'idée est bien trouvée...
Les personnages de contes chantent. Ils ne font que ça pour exprimer leur amour, leur joie, leur peine... Mais lorsqu'elle se met à chanter, cela devient ridicule. (« Non ne chantez pas! ») Le prince, lui-même, s'apprête à chanter pour fêter les retrouvailles quand il est heurté par des vélos. On ne veut pas de toutes ces chansons. On ne veut pas trop se montrer ni se dévoiler, mais qu'y a t-il de plus personnel que d'interprêter une chanson que l'on vient d'inventer?




Inversement des rôles de princesses et de princes:

Tant qu'on est dans le conte, le prince assume son rôle et la princesse aussi. Chacun a sa part à faire. Le prince vole au secours de la jeune fille et elle rêve et espère la venue de son bien-aimé. Elle est sauvée par son prince et leur histoire d'amour peut alors commencer.
Dès que les personnages du conte débarquent à New-York, les règles semblent s'inverser au fur et à mesure. Si Giselle tombe dans les bras de Robert, celui-ci s'écroule par terre et se fait mal au bras... Normalement, le prince charmant est fort et rattrappe toujours la belle!
Le prince ne s'efface jamais pour laisser un concurrent lui ravir l'objet de son amour. Mais ici, notre avocat laisse partir Giselle, qui ne demanderait rien d'autre qu'il se batte pour elle, au bras d'Edward. Il ne souhaite pas contrecarrer ce qui est déjà en place et ainsi ne cherche pas à la retenir. C'est tout à fait contraire à l'esprit des princes de contes. Ils se battent toujours, ils ne veulent ni ne conçoivent de perdre l'être aimé au profit d'un autre. C'est donc un prince affaibli que l'on retrouve en la personne de Robert, mais au contact d'évènements qui le dépassent, il perd totalement ce statut d'héros.
Ce n'est pas Giselle qui est prise en otage par le dragon mais c'est notre avocat. Il ne protège donc pas notre princesse. C'est elle qui arme au point défend son amour. C'est elle qui se lance au combat pour délivrer Robert. La princesse endosse le rôle de protection attribué normalement au prince.

Pourquoi Giselle en vient-elle à changer les rôles qu'elle sait attribués? C'est parce que dans la vraie vie, on a oublié le conte. On a oublié toutes ces choses romantiques qui se passent entre un homme et une femme. Le romantisme devenu désuet, est même considéré comme ridicule. Ce sont des histoires de petites filles! On est contre tout cela parce qu'on a souffert. Si on y a cru un jour, la vie nous a appris que c'était ridicule et que ça n'existait pas! C'est le cas de Robert. C'est un homme séduisant et brillant. Mais quel est son métier? Il est avocat spécialisé dans les divorces. Aujourd'hui, on n'y croit plus au grand bonheur qui dure éternellement. Sa femme qu'il adorait est partie du jour au lendemain en le laissant seul avec sa petite fille. Alors oui, il s'est résigné à s'attacher à des femmes, sans les aimer jusqu'à la folie, parce que la vie l'a blessé au plus profond de lui même, c'est à dire ses rêves! Mais la fiancée de Robert, elle, aime le romantisme. Elle est touchée qu'il lui offre des fleurs, qu'il l'invite au bal. Elle aimerait qu'il soit plus attentionné, plus amoureux, plus démonstratif... Elle incarne aujourd'hui bien des personnes qui aimerait que leur vie soit plus rose, que leur amour soit plus fort, plus magique mais qui ne disent rien parce qu'on considère que c'est ridicule, la nouvelle tendance étant le naturel en matière d'amour.

C'est donc à Giselle d'expliquer à Robert ce qu'il faut faire. Elle lui montre qu'un bouquet de fleurs et des colombes suffisent à se faire pardonner. Il ne faut pas hésiter à chanter sa joie, son amour, ne pas avoir peur du quant-dira-ton. Il ne faut pas banaliser une histoire d'amour qui s'éteind parce que c'est triste et dramatique. Quand on ne peut plus aimer, on ne peut plus rêver et inversement.

L'amour:

Dans les contes, le prince rencontre la princesse et ils se marient et ont beaucoup d'enfants. Un seul regard leur suffit pour être amoureux. Ils se contentent de danser, d'un baiser pour rester fidèle l'un à l'autre.
C'est précisément cela qui est tourné en dérision. Lorsque Giselle explique à Robert qu'elle va se marier avec Edward, elle lui dit qu'ils ne se connaissent que depuis un jour. Bien sur, cela nous fait sourire, mais dans la vraie vie, on ne prend pas une telle décision en un jour. Il faut apprendre à se connaître, se faire la cour et avoir des rendez-vous galants. Tout cela est étranger à Giselle. Pour elle, il est impensablede douter des sentiments que l'on éprouve pour quelqu'un. Un amour d'un jour dure toujours. Voilà pourquoi elle pleure lorsqu'elle rencontre le couple qui se sépare. Elle ne peut comprendre que deux êtres soient séparés à jamais. C'est terrible, affreux, c'est le pire des supplices!
Quand Giselle explique que son prince viendra la chercher, Robert pense le contraire. Un homme qu'elle a rencontré hier ne peut tenir sa promesse de mariage et venir la chercher. Il pense qu'il s'agit de quelqu'un qui a profité de sa naïveté.
Mais il vient vraiment! C'est alors que Giselle qui commence à réfléchir par elle-même, loin des stéréotypes, demande un rendez-vous galant pour apprendre à se connaître. Le prince rechigne un peu, les femmes qui pensent lui font peur. Les hommes et les femmes ont évolué. Les femmes veulent être aimée et choisie de par ce qu'elle ont à offrir intellectuellement. Peu veulent être choisie seulement par leur physique. Evolution oblige, la princesse se met à réfléchir.
Le prince moderne lui n'est plus en attente de la femme parfaite, il n'est pas libre espérant l'amour idyllique. L'avocat a une femme dans sa vie, et il en a eu d'autres lorsqu'il rencontre Giselle. Les hommes comme les femmes ne sont plus aussi purs.

Finalement, Giselle reste dans le monde réel avec Robert, pendant que le prince retourne dans le dessin animé avec la fiancée. Pendant le mariage féerique, le portable sonne. Elle l'avait oublié. Elle le jette aussitôt et il se fracasse par terre. Cette dernière image du dessin animé fait un pont entre les deux mondes. Comme si il n'était pas si innaccessible d'y aller, d'y faire quelques visites...


Nombreuses allusions à d'autres dessins animés:

Blanche-Neige: Le premier grand dessin animé Disney est invoqué tout au long du film, comme si on revenait à ses débuts. Comme si en reprenant le premier succès, on s'en servait pour montrer que dès le début, il s'oppose à la réalité.
Le film commence avec le célèbre livre de contes ce qui nous inscrit forcément dans les belles histoires comme Pinnochio, Blanche-Neige ou Cendrillon.
La méchante belle-mère qui se transforme en vieille femme, en sorcière avec des furoncles, ça c 'est bien sur toute l'intrigue de Blanche-Neige. Et puis, Giselle est envoyé dans notre monde par l'intermédiaire d'un puit, qui est censé exhauser les voeux. Que c'est étrange! Blanche-Neige ne se penche t-elle pas au dessus d'un puit, qu'elle dit être le puit des souhaits? (« Je souhaite voir celui que j'aime... ») A son arrivée à New-York, Giselle croise un nain qu'elle pense être Grincheux. Sans compter, les nombreux miroirs magiques qui parcourent les scènes, et les pommes empoisonnées que Giselle doit croquer. A cela, il faut rajouter le baiser du prince charmant qui doit la réveiller et la fameuse et très célèbre scène du ménage en compagnie des animaux.

Cendrillon: C'est évidemment et de façon incontournable, la pantouffle de verre qui est abandonnée sur le lieu du bal et les douze coups de minuit. La bal bien sur, qui révèle au prince charmant qui est l'élue de son coeur, ici le rôle est inversé, c'est la princesse qui découvre l'élu de son coeur. Lorsque Giselle fait les magasins avec Morganne, elle dit ne pas avoir de maraine la fée, ni de carosse pour l'aider.

La petite sirène: Le principe de cette histoire, c'est qu'il y a deux mondes opposés, celui de la mer et celui de la terre. Ariel est amoureuse de Philip mais tout un monde les sépare. Ici nous avons Giselle qui tombe amoureuse de l'avocat, mais ils viennent de deux mondes différents, elle des contes de fées et lui de la vie réelle à Manhatan. Giselle qui au départ est blonde, devient rousse comme Ariel. Et il y a bien sur, la fameuse scène romantique dans un canot sur l'eau.

Merlin L'enchanteur: La méchante reine plante l'épée du prince dans le sol du bal. Giselle la saisit et s'en sert pour défendre son bien aimé. Les formules magiques invoquées par la reine rappellent étrangement celles de Merlin l'enchanteur. (« Higitus Figitus »)

Mulan: Mulan se déguise en homme pour intégrer l'armée afin de sauver son père. Jusqu'ici, aucune ressemblance avec Giselle. Mais la scène où Mulan se bat pour sauver Shang, son bien aimé, qui va surement se faire tuer rappelle bien entendu la scène où Giselle part avec son épée provoquer le dragon et le blesser afin que notre bel aocat puisse s'en tirer.

La belle et la bête: On voit dans le film un homme portant sur la tête un bougeoir ressemblant étrangement à Lumière.

La belle au bois dormant: Le début de « Il était une fois » commence avec le réveil de Giselle, qui dit avoir rêvé de son prince charmant, tout comme Aurore. Elle raconte ce songe en chantant aux animaux, chant qu'entend le prince qui vient à sa rencontre pour la reprendre avec elle. Le scénario est identique avec Giselle et Edward. La sorcière se transforme également en dragon du haut du château.

La belle et le clochard: Là d'accord, elle n'était pas facile à voir, on peut très bien ne pas tilter plus que ça, mais l'hotel dans lequel s'arrête Edward s'appelle « Bella notte ». C'est le restaurant où les chiens vont manger leurs spaguetti.

Némo: Bien sur! Qui ne se souvient pas de l'épisode où Némo est dans l'acquarium duquel il essaie de s'enfuir? Il y a un enfant qui les regarde à travers la vitre. Ici, c'est Giselle qui les regarde de façon émerveillée. Elle en sort un qu'elle met dans sa bouche pour le transporter jusqu'à un verre en plastique. Et puis, cette scène est à revoir, mais il me semble que l'on voit des poissons clowns comme Némo.

Peter Pan: Je n'ai pas grand chose à dire, mais on peut remarquer la poussière de fée que distribue normalement Clochette. Et aussi peut-être, je me risque quand même. La joyeuse troupe qui accompagne Peter sont les enfants perdus. Ce sont des enfants orphelins qui ne se souviennent plus de ce qu'est une maman. C'est Wendy qui le leur rappelle. Ici, Giselle tombe dans une famille où la figure maternelle est absente. Lorsque Giselle fait les magasins avec Morganne, la petite trouve en elle la mère qu'elle aimerait avoir. (« Alors c'est ça? De faire les boutiques avec sa maman? »)

Shrek: Cette référence est doublement intéressante. On voit en effet le prince chasser un ogre vert. En plus de citer un dessin animé sur lequel disney a participé, c'est aussi inscrire le film dans la même lignée. Le personnage de Shrek que l'on met en prince charmant, permet de critiquer le conte et le tourner en dérision. Si dans le deuxième volet, on trouve beaucoup d'allusions à des marques ou des attitudes du monde réel, ici on va aller directement dans le monde, le nôtre. On va montrer ce que devient véritablement un conte dans notre vie et voir si c'est encore réaliste d'y croire!

L'ennemi intime

Posté le 17.10.2007 par labobine
Résumé:

Algérie, 1959.
Les opérations militaires s'intensifient. Dans les hautes montagnes Kabyles, Terrien, un lieutenant idéaliste, prend le commandement d'une section de l'armée française. Il y rencontre le sergent Dougnac, un militaire désabusé. Leurs différences et la dure réalité du terrain vont vite mettre à l'épreuve les deux hommes. Perdus dans une guerre qui ne dit pas son nom, ils vont découvrir qu'ils n'ont comme pire ennemi qu'eux-mêmes.


Un film français qui traite de la guerre d'Algérie, on a eu peur. Mais Florent Emilio-Siri nous livre ici un long métrage qui n'a rien à envier aux classiques américains experts en la matière. Avec Benoit Magimel, Albert Dupontel et Aurélien Recoing, un film incroyablement bien réussi.

La jeune génération qui va voir ce film se trouve propulsé, tout comme le soldat non averti, dans cette guerre. Les premières scènes du maquis rocailleux filmées à la lueur de la lune illustrent bien cette guerre où on ne distingue rien de précis. Pourquoi sommes-nous dans ce pays dont on ne connait rien et qui nous est hostile? Quelles sont les raisons de la présence de l'armée? Où est l'ennemi? Il est partout, en face de nous, autour de nous, parmi nous, en nous. L'ennemi, ce n'est pas l'homme au turban qui est parfois dans nos rangs, l'ennemi c'est le moi éprouvé.

Terrien s'est porté volontaire. Pourquoi? Qu'est-il venu chercher ici dans un pays qu'il ne connait pas? Il est arrivé pour un maintien de l'ordre mais il se retrouve parachuté dans une guerre qui ne porte pas son nom. Si une guerre est cachée derrière un maintien de l'ordre, qu'est-ce que peuvent cacher les manoeuvres militaires?

Idéologie:

Terrien respecte les droits de l'homme, le droit des prisonniers. Il respecte les femmes, refuse de séparer les enfants des parents. Il empêche un soldat de frapper un homme, refuse l'ordre de tuer un prisonnier tout comme il refuse l'emploi de la torture. Il n'accepte pas le barbarisme et ne se fait pas à la vue de la mort. Il est choqué lorsqu'un algérien meurt à quelques mètres de lui, boulversé et dégoûté à la vue des corps brûlés par le napal et vomit devant un village massacré. Il pleure, profondément choqué. La mort est innacceptable.
C'est un jeune qui réfléchit sur la politique, sur les droits à la liberté des peuples. Lors d'une conversation avec son capitaine, Terrien lui fait remarquer qu'on a accordé l'indépendance au Maroc et à la Tunisie et qu'il est normal de l'accorder à l'Algérie. Le capitaine lui répond la formule officielle: "L'Algérie c'est la France." Dans ce cas, il faudrait donner les mêmes droits à tout le monde.
Comme beaucoup de jeunes aujourd'hui, Terrien est plein d'espoir sur la situation du monde. Il réfléchit à des solutions politiques pour le bien des peuples. Son idéologie tombe peu à peu...


Tant qu'il y a des femmes et des enfants, il y a de l'espoir. Mais ici, ils participent à la violence. On ne touche pas aux femmes mais l'illusion des hommes déguisés en femmes rend suspicieux. On s'en méfie. Le sergent a perdu sa femme en Indochine, ce qui le rend insensible. Il n'a plus rien qui le retient.
Tant que le jeune algérien est près de lui, Terrien est humain. Le soir où il tue un homme, l'enfant s'enfuit. Il n'a dès lors plus de limites, plus rien qui ne le retient du côté de la raison.

L'alcool:

L'alcool, loin d'être un détail, a une place importante dans ce film. Lors de son arrivée, Terrien se retrouve face à des soldats qui boivent beaucoup. Il remet un peu d'ordre. Et puis, finalement, on comprend. Ici on boit pour oublier. Oublier ce que l'on voit, oublier ce que l'on fait, oublier ceux qu"on enterre et pour nous insuffler du courage à retourner au combat jour après jour.
Terrien boit à son tour, devient ivre lorsque le sergent exécute le prisonnier, boit encore et encore, de plus en plus, pour oublier les crimes, jusqu'à la scène ultime, où sous l'emprise de l'alcool, il s'adonne à la torture et au crime. C'est un choc pour lui: il est passé du côté des bourreaux.

Permission:

Lors de sa permission, il ne rentre pas chez lui. Il a conscience de ne pas mériter cette permission puisqu'il l'a obtenu en s'abandonnant à la torture. Il se punit d'avoir changé. ( ""Vous changerez vous aussi, vous verrez. -J'crois pas non!") ne souhaitant pas affecter sa famille, il se contente de la regarder. Il ne peut revenir à sa vie insouciante et paisible.
La scène de propagande qui suit montre le profond décalage de point de vue sur cette guerre.


L'importance des regards:

Dès les premières scènes, les visages sont filmés en gros plan. Le spectateur est ainsi invité à regarder cette guerre de près, et plus que cela, il est encouragé à s'intéresser à ces hommes soldats.
( Pour appuyer cette hypothèse, il me semble que le nom des soldats tués défilent pendant le générique de fin. A vérifier!)

Les personnages se regardent de près, on se regarde dans les yeux. Comme l'explique si bien Sartre, c'est à travers les autres qu'on se perçoit. C'est un échange humain. Terrien fait la guerre, il se bat. Après tout il s'est porté volontaire pour maintenir l'ordre. Il y a une idée de masse ennemie. On ne voit pas à qui on a à faire, ce ne sont pas des êtres humains quand ils sont nombreux, la masse est à combattre. Mais dès qu'on a à faire à une individualité dans le combat, ça devient plus difficile. Lorsqu'il voit un algérien à quelques mètres de lui, Terrien ne peut se résoudre à le tuer. Pourquoi? Parce qu'il l'a regardé dans les yeux. Cet homme a certainement une famille comme lui. C'est un homme et il ne peut lui porter atteinte. Il ne veut pas qu'il lui renvoie une image d'assassin. Lorsque cet homme meurt, il est profondément choqué, sonné.
Lorsque l'image qu'on renvoie de soi est insupportable, on ferme les yeux ou on évite le contact visuel direct. Lorsqu'il doit abattre le prisonnier, il le regarde dans les yeux. Cette confrontation le met mal à l'aise. S'il veut agir, il faut qu'il puisse couper ce contact. Il met alors ses lunettes de soleil et peut ainsi ordonner l'éxécution.
Les regards ne se croisent plus; la gène, la honte de l'inhumanité...


Mort:

La mort devient alors préférable. A la fin, Terrien revoit le jeune algérien. Il est heureux de le voir, se rappelant l'avoir sauvé de la mort. Mais une balle lui fait payer son acte barbare sans qu'il ne riposte. Il affiche un sourire reconnaissant, presque heureux. En le tuant, le jeune l'a sauvé. ( « Il était venu trouver la balle qu'il cherchait. ») Il n'aurait pas supporté l'homme qu'il était devenu.


La guerre:

A travers ce film, ce sont d'autres guerres qui sont abordées: la seconde guerre mondiale où les algériens ont combattus Rommel dans le désert aux côtés des français et le douloureux rappel de la guerre d'Indochine. En somme, ce sont toutes des guerres de colonisation ou de décolonisation. On se bat contre l'envahisseur qu'il soit allemand pour la grande guerre ou français en Asie. Plusieurs guerres en une seule.
Les soldats français apparaissent comme fatigués, blasés de guerres occupants-occupés et qui n'obéissent que pour la patrie. Les débordements sont donc inévitables. On fait payer aux autres ce qu'on nous a fait. Le climat de la guerre d'Algérie est propice aux vengeances personnelles puisqu'on est dans une guerre qui n'en est pas une. On répète les mêmes actes barbares. Pour expliquer ou excuser son recours à la torture, le capitaine raconte à Terrien qu'il s'est fait torturer par les allemands en France. Lorsqu'une jeep avec deux hommes à son bord est attaquée par le FLN, c'est tout un village qui sera massacrée. Cette scène est terrible car on y voit une majorité de femmes et on entend un bébé pleurer.
Il est à remarquer que depuis la Grande Guerre, la population civile devient un enjeu important, elle est au coeur des combats. Elle est la première victime, la première massacrée. Cela pousse même les enfants à prendre les armes, perdant ainsi leur innocence. Avec ce changement, on perd tout espoir de retour en arrière vers un monde relativement humain et en paix.


Conclusion:

La liberté d'un côté, la répression pour le contrôle de l'autre: un remix de la conquête allemande en France. (Bien qu'il n'y ait pas ici d'idéologie aussi dangereuse que celle des nazis.)
L'indépendance de l'Algérie fut déclarée en 1962. « C'était écrit depuis le début. » La guerre fut reconnue en 1999 et les droits des harkis en 2006. L'histoire française traîne avec l'Algérie.
Pourtant aucune leçon n'est tirée:
Irak: Le maintien de l'ordre d'un côté, la liberté et l'indépendance de l'autre.



Film choc à voir absolument. Eviter les enfants. Scènes parfois très dures et psychologiquement difficiles. A réfléchir!


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